04 novembre 2011
Fukushima : il est interdit d’interdire
« Fukushima : il est interdit d’interdire»
Il y a quelques jours, un parlementaire japonais, Monsieur Yasuhiro Sonoda a voulu démontrer de façon spectaculaire que la situation à Daiichi est sous contrôle, au point de pouvoir boire un verre d'eau provenant du système de refroidissement primaire des réacteurs nucléaires. Doit-on lui donner rendez-vous dans cinq ans pour prouver que ce n’était pas un Hara-kiri (en japonais : Seppuku) public ?
Areva et ses partenaires japonais ont réussi le tour de force de mettre en place rapidement un système de purification des eaux de refroidissement et de décontaminer une quantité impressionnante d’eaux très contaminées par les produits de fission et autres sels d’actinides. Sans oublier qu'une grande quantité non traitée a été simplement rejetée dans l’océan Pacifique. En revanche, l’eau isotopée ne peut probablement pas être purifiée par le procédé en question.
Le parlementaire a bien survécu, il n’en demeure pas moins que son attitude est scandaleuse voir même criminelle à certains égards. Pourquoi ? L’eau décontaminée par le procédé mis en œuvre par Areva et ses partenaires ne produira jamais vraiment une eau consommable. Même une eau désionisée n’est pas consommable, une eau deutérée (eau lourde) ou une eau tritiée (une mesure de scintillation, a-t-elle été réalisée avant l’essai ?) sont souvent mortelles. Monsieur Yasuhiro Sonoda n’a prouvé qu’une chose, c’est l’inconscience et l’irresponsabilité d’une certaine classe politique japonaise. C’est grave. En effet, on ne se détourne pas des règles sanitaires (sur la sûreté de l’eau) et de radioprotection élémentaire impunément au risque d’un retour à l’inconscience scientifique du début du 20ème siècle. C’est un précédent gravissime, un peu à l’image de l’utilisation par le lobby de la construction des cendres contaminées de Daiichi dans la baie de Tokyo sur le site industriel de Kawasaki pour la construction de certaines îles artificielles.
J’avais déjà mis en garde le lecteur sur le risque d’une dissémination de la radioactivité partout au Japon (augmentation humaine d’entropie), avec le risque d’une contamination à (très) faible dose de toute la population. A ce moment, le dépistage des causes des cancers induits devient impossible, politiquement, c’est voulu.

L’acte irresponsable de Monsieur Yasuhiro Sonoda ouvre la porte à de folles possibilités commerciales. En effet, ne pourrait-on pas imaginer une entreprise commercialisant l’eau purifiée du site de Daiichi ?
On pourrait lui trouver des vertus thérapeutiques fictives, à l’image du Radithor vendu au début de 20ème siècle.
En 1932, un homme d’affaire de Pittsburgh, qui en avait absorbé plusieurs flacons par jour pendant quatre ans, mourut après une longue et horrible agonie.
La dérive est imaginable dans un monde en crise économique où tout est recherche d’un profit à court terme.
Une boîte de pandore est peut-être en train de s’ouvrir lentement !
15:58 Ecrit par Pierre-Ph. Chappuis dans Fukushima | Commentaires (2) | Envoyer cette note

